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Ni empire américain, ni empire chinois : la domination s’est fragmentée.


On répète souvent que la Chine remplacera les États-Unis comme puissance dominante. D’autres affirment au contraire que Washington restera hégémonique malgré ses crises. Ces deux lectures passent à côté de l’essentiel : le XXIᵉ siècle ne produira plus d’empire global, mais un système de dominations partielles, concurrentes et instables.

La domination mondiale telle que nous l’avons connue — totale, visible, hiérarchique — appartient au passé. Elle supposait un État capable de concentrer puissance militaire, suprématie économique, contrôle technologique et légitimité politique. Ce modèle n’existe plus. Non pas parce que les grandes puissances seraient faibles, mais parce que
le monde est devenu trop interconnecté, trop technique et trop fragmenté pour être contrôlé par un seul centre.

Les fragilités internes des États-Unis — polarisation politique, dette, fractures sociales — n’empêchent pas leur puissance. Elles en augmentent simplement le coût. Washington continue d’imposer ses normes financières, ses sanctions, ses standards technologiques. Mais cette domination est sectorielle, non totale, et de plus en plus contestée.

La Chine, de son côté, n’est ni un colosse irrésistible ni un géant aux pieds d’argile. Sa centralisation politique est à la fois une force — capacité de planification, d’investissement, de projection industrielle — et une vulnérabilité systémique. Pékin domine déjà des segments clés : industrie, infrastructures, chaînes de valeur du Sud global. Mais cette domination repose sur des équilibres internes fragiles et une acceptation internationale limitée.

Le débat est donc mal posé. La vraie question n’est pas :
qui dominera le monde ? Mais : qui imposera des dépendances critiques ?

Dépendance au dollar. Dépendance aux semi-conducteurs. Dépendance aux normes numériques, énergétiques ou climatiques.

Le monde qui émerge est polycentrique, mais pas égalitaire. Les États-Unis dominent la finance et la sécurité. La Chine domine l’industrie et les infrastructures. L’Europe impose des normes. Le Sud global arbitre, négocie, résiste.

La domination n’a pas disparu.
Elle s’est fragmentée. Et dans ce monde, la puissance ne se mesure plus à la taille d’un empire, mais à la capacité d’organiser les dépendances des autres.

C’est cela, la vraie géopolitique du XXIᵉ siècle.